Points clés à retenir
- Contrairement à ce que plusieurs peuvent penser, livrer 3 500 conférences dans des organisations de toutes tailles ne rend pas automatiquement meilleur conférencier. Ce qui rend vraiment meilleur, c’est l’habitude de savoir t’adapter, de personnaliser ton propos peu importe le contexte et de constamment chercher ce que chaque salle t’apprend sur toi-même, pas seulement sur ton contenu.
- La prise de parole en public est enseignée comme une performance à réussir alors qu’elle devrait être enseignée comme une conversation à avoir. Et c’est cette distinction là qui sépare souvent les grands conférenciers qu’on réinvite de ceux qu’on applaudit poliment avant d’oublier.
- La plus grande erreur que font les entrepreneurs qui veulent développer leur présence sur scène ou devant une caméra n’est pas un problème de technique, c’est habituellement davantage un problème d’intention. Ils veulent paraître bons alors que les meilleurs orateurs veulent être utiles.
- Malgré la croyance populaire, la préparation ne sert pas juste à éliminer les imprévus. Elle sert à te libérer suffisamment pour que les imprévus deviennent la meilleure partie de la conférence.
- Un conférencier professionnel ne vend pas de l’information. Il devient maître à créer les conditions (émotionnelles, psychologiques, contextuelles, etc) pour que les gens changent quelque chose dans leur façon de penser ou d’agir (en une courte période de temps) et ça, c’est une toute autre mission, avec une toute autre architecture.
- Martin Latulippe est une entrepreneur et conférencier professionnel possédant la désignation Certified Professional Speaking (CSP) et est membre du Temple de la renommée des conférenciers canadiens (reconnaissance des pairs pour l’excellence au fil de sa carrière), a livré plus de 3 500 conférences dans des organisations de toutes tailles et il partage ici, ce que ces 3 500 expériences lui ont appris sur l’art oratoire.
Il y a une question qu’on me pose régulièrement après une conférence, avec un mélange d’admiration et de curiosité sincère : « Comment tu fais pour avoir l’air aussi à l’aise sur scène ? » Et moi, à chaque fois, j’ai envie de répondre honnêtement : j’ai eu l’air extrêmement peu à l’aise pendant une bonne partie des premières centaines de conférences. La différence entre quelqu’un qui commence et quelqu’un qui a 3 500 représentations dans les jambes, ce n’est pas que le deuxième a arrêté d’être nerveux. C’est qu’il a appris à utiliser ce qu’il ressent plutôt qu’à le combattre.
Mais ça, c’est rare qu’on l’enseigne dans un atelier de prise de parole de deux jours.
Ce que les formations classiques enseignent souvent sur la présentation en public : la posture, la voix, le contact visuel, les trois points clés, l’ouverture qui accroche, tout ça est utile.
Par contre, rien de tout ça ne t’explique ce qui se passe vraiment dans la salle quand t’es LIVE. Ce que les gens ressentent avant même que tu aies dit un mot. Ce que ton énergie communique indépendamment de ton contenu. Ce qui fait qu’une salle se lève à la fin à la fin, pas parce que c’était impressionnant, mais parce que tu as réussi à te connecter avec eux le temps de la conférence.
Dans cet article, je veux te partager ce que 25 ans de conférences professionnelles et 3 500 événements dans des organisations m’ont réellement appris et les choses que je n’aurais pas pu lire dans un livre, parce qu’elles ne s’apprennent que dans une salle, devant les vraies personnes, avec des vrais enjeux.
Ce que la plupart des formations en prise de parole ne te diront pas
La majorité des formations en prise de parole en public enseignent la mécanique de la performance et elles le font bien (Toastmasters, Dale Carnegie, CAPS, NSA). Structure, rythme, gestion du trac, techniques de storytelling tout ça est important. Ce sont des fondations solides et je ne les minimise pas car je les utilise toutes.
Mais il y a une limite structurelle dans cet enseignement. Et ça, j’ai mis des années à nommer clairement cette limite qui est : ces techniques t’apprennent à livrer un contenu mais elles n’enseignent presque jamais à créer une vraie connexion.
Et en 3 500 conférences dans des organisations, j’ai appris que c’est la connexion d’abord, pas le contenu, qui détermine si quelqu’un sort de ta salle avec l’intention réelle de changer quelque chose.
De nos jours, le contenu, les gens peuvent le trouver sur Google ou sur ChatGPT. Sur YouTube. Dans un livre. Souvent gratuitement et en quelques minutes à peine. Si tu montes sur scène uniquement pour transmettre de l’information, tu es en compétition directe avec Internet et disons juste qu’Internet à plus de budget de contenu que toi. Donc good luck si tu veux transmettre de l’information.
Par contre, ce qui ne se trouve pas sur Internet, ce qui ne s’écoute pas sur Spotify et ne se télécharge pas en PDF, c’est la présence d’un être humain qui croit vraiment à ce qu’il dit, qui l’a vécu, qui te regarde et qui te parle comme si c’était la conversation la plus importante qu’il allait avoir aujourd’hui. Ça, c’est irremplaçable. Impactant. Et c’est précisément ça qu’on n’enseigne pas parce que ça ne s’enseigne pas de l’extérieur. À mon avis, ça se développe de l’intérieur, ça s’expérimente.
D’ailleurs, la recherche sur la communication persuasive est éloquente sur ce point. Les travaux d’Albert Mehrabian, souvent mal cités mais fondamentaux, ont documenté que dans les messages à contenu émotionnel, la tonalité et le non-verbal portent une part disproportionnée du message perçu par l’auditoire.
Si tu veux lire sur ce concept et comprendre comment Mehrabian est souvent mal cité, clique ce lien.
Ce que ça signifie concrètement pour toi : si tu n’es pas convaincu toi-même, si tu n’es pas présent toi-même, la salle le sait avant que tu aies terminé ta première phrase.
Ce que la scène m’a enseigné sur moi-même et que je n’avais pas prévu apprendre qui pourrait t’être utile
Je vais te confier quelque chose que je ne partageais pas lors de mes premières années en conférence, parce que ça ne correspondait pas à l’image que je croyais devoir projeter pour réussir dans ce domaine.
Pendant longtemps, je préparais mes conférences comme on prépare un examen important. Ce que je veux dire c’est que je ne faisais pas juste étudier la veille, je me préparais plusieurs jours voire semaines à l’avance.
Je voulais tout contrôler : les transitions, les histoires, les points, les moments d’humour, les questions du public, alouette. J’avais des réponses préparées pour à peu près tout. J’étais tellement préparé que j’avais l’air d’un homme qui récitait sa vie plutôt que de la vivre. Et curieusement, plus j’étais préparé de cette façon-là, moins les salles semblaient touchées. Elles étaient impressionnées, parfois. Touchées, rarement.
Le tournant est venu lors de la deuxième année de ma carrière, lors d’une conférence devant un groupe de dirigeants dans une grande Université. Je ne vais pas nommer laquelle pour protéger les innocents. Mais ce jour là, j’étais rendu au milieu de ma présentation parfaitement orchestrée quand j’ai vu, dans le premier rang, un homme qui regardait par la fenêtre avec le visage de quelqu’un qui faisait mentalement sa liste d’épicerie. Et à côté de lui, une femme qui essayait vaillamment de ne pas bâiller sans que ça paresse. Malaise. Je suis nul. Ma conférence n’est pas bonne…
J’aurais pu continuer mon script. Au lieu de ça, j’ai arrêté. J’ai intuitivement dit : « J’ai une question pour vous, qu’est-ce qui vous dérange le plus avec la situation que vous avez à gérer présentement comme leaders ? » Après quelques réponses, je me suis mis à construire sur ce qu’ils vivaient vraiment dans leur organisation et boum, la connexion était établie.
La conversation qui a suivi pendant vingt minutes était plus transformatrice que tout ce que j’avais préparé dans mon PowerPoint. Et c’est ce soir-là, une fois de retour à ma chambre, que j’ai compris que la préparation ne sert pas juste à éliminer l’imprévu, elle sert surtout à te libérer suffisamment pour que l’imprévu devienne la meilleure partie.

Les 4 vraies compétences d’un conférencier professionnel selon 3 500 conférences de terrain
Ce cadre, je l’ai développé graduellement à travers des centaines d’expériences en salle, des dizaines de débriefings difficiles, et l’observation attentive de ce qui sépare les conférenciers qu’on réinvite de ceux qu’on applaudit poliment avant de passer à autre chose.
Premièrement, la présence avant la performance. Voici une chose à garder en tête: La salle te lit avant même que tu parles. Ton état intérieur communique indépendamment de ton contenu. Moi, je crois à ça dure comme fer. Un conférencier qui monte sur scène dans un état de performance anxieuse, même avec une excellente structure, génère une tension imperceptible mais réelle dans la salle. J’ai vu ça des centaines de fois.
De l’autre côté, un conférencier qui monte avec une présence sincère, même imparfaite, crée instantanément un espace de sécurité psychologique dans lequel les gens sont capables d’entendre des choses qui les dérangent. La présence avant la performance, ça se travaille. Et attention, pas avec des techniques de respiration le matin du show ou en sacrifiant un mouton mais bien avec une pratique quotidienne d’alignement entre ce qu’on dit et ce qu’on vit vraiment.
Deuxièmement, l’intention de service plutôt que l’intention de validation. La question « est-ce qu’ils vont m’aimer ? » et la question « est-ce que ça va leur servir ? » mènent à deux performances radicalement différentes selon moi. La première te met au centre. La deuxième met l’audience au centre. Et les gens dans la salle, sans pouvoir nécessairement nommer pourquoi, ressentent la différence entre les deux avec une précision assez remarquable. Assure-toi de bien comprendre que livrer une conférence c’est être au service de ton audience.
Troisièmement, la capacité à lire la salle et à s’y adapter en temps réel est un avantage compétitif. C’est la compétence la moins enseignée et, pourtant, la plus décisive. Une salle n’est pas un auditoire passif, c’est un organisme vivant qui réagit, qui se fatigue, qui s’ennuie, qui s’allume, qui résiste. Le conférencier qui réussit à long terme est celui qui est suffisamment présent pour capter ces signaux envoyés par l’audience et suffisamment flexible pour s’y adapter sans perdre le fil de ce qu’il veut transmettre.
Quatrièmement, la vulnérabilité calibrée est une vraie qualité. Et attention ici, je ne parle pas de la vulnérabilité-spectacle qui se déguise en transparence mais cherche secrètement la sympathie. Non. La vulnérabilité calibrée, c’est partager ce qu’on a vraiment traversé au service de la leçon qu’on veut transmettre ce jour-là, avec juste assez de détail pour que ce soit réel, et juste assez de recul pour que ce soit utile. Après 3 500 conférences, je peux te dire que les moments les plus mémorables n’ont presque jamais été les moments les plus brillants. Ils ont été les moments les plus vrais dans lesquels l’audience et moi avions réussi à créer un vulnérabilité symétrique.
Ces quatre compétences ont d’ailleurs un lien direct avec les 3 types de performance dont je parle dans l’article sur la performance optimale — un conférencier en performance toxique livre de l’énergie qu’il n’a pas, et la salle le sait.
Ce que l’entrepreneur qui n’est pas conférencier professionnel peut en retenir pour améliorer ses prises de parole en public
Tu n’as peut-être pas d’ambition de monter sur des scènes de mille personnes et peut-être que ta prise de parole à toi, c’est une réunion d’équipe, un appel de vente, une vidéo YouTube, une présentation à des investisseurs, ou un atelier pour tes clients.
À mon avis, ça ne change rien aux principes que je veux partager, ça change seulement l’échelle.
Parce que tout ce que la scène m’a appris sur la connexion, l’intention de service, la présence et la vulnérabilité calibrée s’applique à n’importe quelle situation où tu dois amener des êtres humains à t’écouter, à te faire confiance, et à décider que ce que tu dis mérite d’influencer leurs prochaines décisions ou non.
Les entrepreneurs en service à l’humain, coachs, conférenciers, thérapeutes, formateurs, consultants, ont souvent une relation ambivalente avec leur propre prise de parole. Ils sont à l’aise dans la conversation en profondeur, dans l’accompagnement individuel et dans l’écrit parfois. Mais dès qu’il s’agit de prendre de l’espace dans une salle, dans une vidéo, dans un webinaire, on dirait que quelque chose se contracte.
On appelle ça le trac. Je l’appelle l’invitation à faire confiance à ce qu’on sait, parce que dans la majorité des cas, ce n’est pas un problème de compétence. C’est un problème de permission qu’on ne s’est pas encore donnée.
Si tu accompagnes des clients dans ton propre programme, l’article sur la différence entre coaching, mentorat et formation est directement complémentaire à cette réflexion sur la posture devant un groupe.
FAQ — Les questions que mes clients posent le plus souvent sur la prise de parole
Est-ce que le trac disparaît avec l’expérience ?
Non et toute personne qui te dit qu’il disparaît complètement te vend soit un mensonge, soit son propre déni. Ce qui change avec l’expérience, c’est ta relation avec le trac. Tu apprends à reconnaître que cette énergie-là, bien utilisée, est exactement ce qui te garde présent et vivant sur scène. Les conférenciers qui ne ressentent plus rien avant de monter sont souvent ceux qui livrent des performances techniquement correctes et humainement tièdes.
Comment sait-on qu’une conférence a vraiment eu de l’impact ?
Pas aux applaudissements. Les applaudissements sont une mesure de satisfaction immédiate, pas d’impact réel. L’impact se mesure à ce qui change dans le comportement ou la réflexion des gens dans les jours et les semaines qui suivent. Le signe le plus fiable d’une conférence à impact, c’est quand quelqu’un revient vers toi, trois semaines plus tard, pour te dire ce qu’il a fait différemment depuis.
Faut-il mémoriser son texte ou improviser ?
Ni l’un ni l’autre et les deux en même temps. La structure doit être mémorisée au point de ne plus avoir à y penser. Les histoires doivent être vécues, pas récitées. Ce que tu dis mot pour mot, la salle le ressent comme une récitation. Ce que tu revis en le disant, la salle le ressent comme une présence. La différence est subtile à décrire et absolument évidente à vivre de l’intérieur d’une salle.
Combien de temps faut-il pour devenir un bon conférencier ?
Comme dans n’importe quel développement d’une compétence, ça dépend de votre point de départ et de vos attentes. La compétence technique s’acquiert en quelques dizaines d’événements si tu travailles avec intention, que tu as du vécu et que tu apprends à livrer tes points via une bonne forme de story-telling. La capacité à créer une vraie connexion, à répétition, avec une salle, celle qui fait qu’on se souvient de toi six mois plus tard, c’est une pratique de toute une carrière. Ça demande de l’écoute, de l’observation et de l’adaptabilité à personnaliser un message à chaque présentation… et ça, ça ne s’apprend que sur le terrain. J’ai 3 500 conférences et je considère encore avoir des choses importantes à apprendre sur ce sujet.
Est-ce que les meilleurs conférenciers sont naturellement charismatiques, ou est-ce que ça s’apprend ?
Le charisme naturel est une option de départ. C’est rarement une garantie d’arrivée. J’ai vu des gens avec un charisme naturel impressionnant plafonner rapidement parce qu’ils n’avaient jamais développé la substance derrière la forme. Et j’ai vu des gens que personne n’aurait désignés comme naturellement charismatiques devenir des conférenciers absolument magnétiques parce qu’ils avaient développé une conviction profonde dans ce qu’ils transmettaient et une présence authentique dans la façon de le transmettre. Le charisme qui dure, c’est celui qui vient de l’alignement, pas celui qui vient du naturel.
Comment gérer un public difficile ou hostile ?
Avec curiosité plutôt qu’avec défense. Un public difficile est presque toujours un public qui n’a pas encore senti qu’il était en sécurité pour s’ouvrir ou un public qui a déjà été déçu par quelqu’un qui promettait quelque chose qu’il n’a pas livré. Ma première réaction devant une salle froide n’est jamais de performer plus fort. C’est de ralentir, de m’approcher, et de poser une vraie question. Souvent, c’est tout ce qu’il fallait faire.
Une chose est certaine, nous autres, les entrepreneurs, on a tendance à penser que parler en public c’est une compétence qu’on a ou qu’on n’a pas, comme si c’était un gène qu’on reçoit à la naissance ou une malédiction dont on hérite de notre oncle timide. Après 3 500 conférences dans des salles de toutes les tailles et de toutes les cultures organisationnelles, ce que je sais avec certitude, c’est que la prise de parole n’est pas une performance à maîtriser. C’est une présence à habiter et à développer. Et cette présence-là, elle est disponible pour n’importe qui qui est prêt à arrêter de vouloir avoir l’air bon, pour commencer à vouloir être au service.
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